
La meilleure attaque n’est pas la défense
Lettre ouverte (et désespérée) à qui mange le même pain que nous
Chers compagnons,
c’est à vous, et seulement à vous (sapeurs, pas intercepteurs de consensus ; rêveurs définitifs, pas pragmatiques au besoin – militants et opportunistes s’abstenir) que nous nous adressons en ces temps sombres, où tout horizon semble se fermer définitivement à notre vue. A vous, connus au fil des années en Italie et partout dans le monde, ou même totalement inconnus, les seuls à pouvoir comprendre notre état d’esprit actuel et nos mots.
Beaucoup affirment que ceux qui n’ont aucun espoir à transmettre devraient se taire. Bien que cela pourrait expliquer le silence dans lequel beaucoup d’entre nous sont en train de glisser, nous ne sommes pas d’accord. En fait, dans un certain sens, nous pensons exactement le contraire : ceux qui feraient mieux de la boucler sont ceux qui persistent à vendre des récits incantatoires (du paradis céleste comme récompense à la résignation terrestre, au communisme comme aboutissement inéluctable du développement capitaliste, en passant par l’insurrection qui vient dans chaque mobilisation citoyenne ou émeute de quartier). Surtout aujourd’hui – avec une humanité bien lancée vers l’extinction et une planète vers l’effondrement écologique, un massacre social qui s’aggrave de jour en jour, une guerre qui brandit les armes nucléaires, une servitude volontaire si généralisée qu’elle rend ridicule toute aspiration à la moindre liberté – il nous semble plus urgent et essentiel que jamais de regarder la réalité en face et de ne pas effleurer la surface des choses pour en tirer des illusions réconfortantes. Voilà pourquoi cette lettre est désespérée, parce qu’elle naît du désarroi face à une situation qui semble à tous égards sans espoir, sans issue.
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